Olivier, vieux frère, dis-moi la plainte que l’homme en agonie murmure, sous ta ramure, dans le silence de cette nuit. L’homme sait qu’il doit mourir et il geint. Finie, la fête fraternelle ! Achevé le repas pascal ! C’est l’heure de la peur et de la solitude. Les frères sont là, mis à distance par les gestes barrière. Le bref interlude d’un coup de fil a réveillé un instant une amitié assoupie. Mais il faut affronter la solitude, le silence. Ce n’est pas la mort qu’on affronte cette nuit, mais l’image de la mort, l’inconnu de la mort. Il y faut plus de force que face à la mort elle-même. Face à la mort, on peut s’abandonner. Face à l’idée de la mort, on peut trembler, on peut suer le sang, on peut crier vers le ciel, mais il faut vivre. L’angoisse ne se nourrit pas du savoir mais de l’ignorance. Voici l’heure de vivre, l’heure de souhaiter que le calice s’éloigne, l’heure d’aimer assez fort la Vie pour lui faire confiance, l’heure de boire à la source de l’Être, pour se mettre debout et affronter le combat du jour qui vient. Olivier, vieux frère, toi dont le métier est de nous annoncer la paix, de nous proposer les rameaux de la joie et de fournir de l’huile à nos lampes, sourit à l’homme qui tremble, caresse-lui le front. Face à la mort, tout homme est un enfant ! Jacques Noyer, évêque émérite d’Amiens.

